À la une de l'Antivol

Publication de L’Antivol-papier n° 6, avril-juin 2022

Par la Rédaction

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le nouveau numéro de L’Antivol-papier, correspondant au deuxième trimestre 2022, vient de paraître. Il est toujours gratuit et contient des articles qui, nous l’espérons, vous intéresseront autant que les précédents.

Vous pouvez le trouver, à Tours :

  • au bar « Le Serpent Volant », 54 rue du Grand Marché
  • au bar-tabac « Le Bergerac », 93 rue Colbert
  • à la librairie « Le Livre », 24 place du Grand Marché
  • à la librairie « Bédélire », 81 rue du Commerce
  • à la librairie « Lire au Jardin », 5 rue de Constantine
  • au bar « Les Colettes », 57 quai Paul Bert

Le plus simple est de le demander à l’accueil de ces établissements, aussi aimables qu’essentiels.

Par ailleurs, nous poursuivons la création de notre réseau de diffusion à vocation nationale.

Certains de nos membres ou lecteurs, ailleurs qu’à Tours, ont bien voulu en recevoir – nous prenons en charge les frais postaux – et se chargent de le distribuer autour d’eux.

On peut aussi le trouver à Paris, à la librairie « Quilombo », 23 rue Voltaire 75011 et à Nantes, à la librairie « Vent d’Ouest », 5 place du Bon Pasteur. Dans les Deux-Sèvres La Boisselière (79310 Vouhé), dans l’Isère L’atelier paysan (ZA des Papeteries 38140 Renage), dans le Tarn les éditions La Lenteur (Le Batz 81140 Saint-Michel-de-Vax), dans le Maine-et-Loire l’Université populaire du Saumurois (12 rue de la Tonnelle 49400 Saumur) ont également accepté de faire partie du réseau de distribution. Ce dont nous les remercions tous vivement.

Et nous sommes bien sûr preneurs d’autres bonnes volontés…

Pour nous en faire part, nous communiquer vos réactions à la lecture du journal, nous proposer, comme pour le blog, vos propres contributions, merci d’écrire à lantivol37@gmail.com

A bientôt donc et que vive la presse écrite, réellement libre et radicale…

La Rédaction

Pour télécharger les précédents numéros : n° 1 - n° 2 - n° 3 - n° 4 - n° 5

À propos de « Bullshit Jobs » de David Graeber

Par Ariane Randeau

Pourquoi et comment sont nés « les jobs à la con » ? Pourquoi les accepte-t-on ? Pourquoi ne sont-ils pas considérés comme un problème social ? C’est à l’ensemble de ces questions que l’anthropologue David Graeber, hélas récemment disparu, répond dans l’ouvrage publié en 2018, Bullshit Jobs (1).

Dédié à « tous ceux qui préféreraient être utiles à quelque chose », ce livre a pour point de départ un article de l’anthropologue paru en 2013 sur le phénomène des jobs à la con. Dès sa parution, il reçut des centaines de témoignages venus du monde entier. C’est à partir de ce matériau qu’il entame sa réflexion sur ces jobs à la con qu’il définit comme « une forme d’emploi rémunéré qui est si totalement inutile, superflue ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence, bien qu’il se sente obligé, pour honorer les termes de son contrat, de faire croire qu’il n’en est rien. » (p. 39).

Analysant les caractéristiques de ces emplois, dont il situe la genèse dans les secteurs de la finance, de l’immobilier, de l’assurance et du marketing, il en établit une typologie : le « larbin », le « porte-flingue », le « rafistoleur », le « cocheur de case » et le « petit chef ». À la fois faire-valoir (inutiles) et punching ball des petits chefs (inutiles), emmerdeurs du quotidien avec formulaires et tableaux, créateurs de tâches à la con pour les autres, ces individus ont au mieux « aucun impact significatif sur le monde » (p. 64), au pire un impact négatif.

Le premier impact négatif concerne la généralisation de ces jobs à la con dans nos économies. Tous les emplois, même les plus utiles, se trouvent « bullshitisés » (p. 117) à travers, par exemple, la bureaucratisation de certaines tâches qui prend de plus en plus de temps sur nos actions du quotidien et nous dépossède du sens et de l’utilité du travail. Derrière eux, c’est une « féodalité managériale » qui se répand. Elle se caractérise par le fait de considérer que le temps de travail appartient à celui qui l’a acheté, que s’assujettir à autrui nous rendrait meilleur, que la valeur prend le pas sur les valeurs. Ainsi, il convient de nous soumettre et nous occuper à des tâches inutiles et humiliantes. Graeber observe que cette généralisation des bullshit jobs est portée par la classe politique – de droite comme de gauche –, des universitaires, des éditorialistes et même les mouvements sociaux, car ce qui compte d’abord et avant tout, c’est d’avoir un travail quel que soit son contenu, son utilité ou sa nocivité…

Le deuxième effet négatif découle du premier, il s’agit de la « violence spirituelle » inhérente aux jobs à la con. Ceux-ci « engendrent souvent le désespoir et la haine de soi. » (p. 212). Le propre de l’humain est de pouvoir agir sur le monde, or les jobs à la con nous en dépossèdent. Stress, sentiment d’inutilité, de culpabilité, relations hiérarchiques sadomasochistes, « consumérisme compensatoire » (p. 377) ou encore « jalousie morale » à l’égard de ceux ayant un emploi utile (enseignants, personnel soignant, etc.) sont autant d’expressions de cette violence qui abîme, détruit, tant individuellement que collectivement.

Au final, à travers son analyse, Graeber nous invite à agir pour une « société réellement libre » (p. 431). La mise à jour de l’existence de ces jobs à la con en constitue bien évidemment une étape, indispensable au dépassement de l’aliénation capitaliste.

Un ouvrage à lire aussi bien pour son ton libre, percutant, que pour les témoignages dans lesquels tout un chacun pourra se reconnaître…

Notes

  1. Les Liens Qui Liberent, 2018 (traduction Elise Roy, 1ère édition en anglais, 2013).

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